LES TECHNIQUES DE L’ESTAMPE, quelques repères dans le temps

Taille d’épargne / Gravure en relief
Gravure sur Bois (Xylographie)
– Sur bois de fil (Une seule planche : Corée 751, France 1375 / Plusieurs planches : Chine XIIeme s.)
– Sur bois de bout (1508 Jost de Negker (NL), 1771 Thomas Bewick (1753-1828, GB), Japon (époque d’Edo (1603-1867))
Linogravure :
1937 Leopold Mendez, 1954 Picasso

Taille douce / Gravure en creux
Burin :
XVeme s. – Tomaso Finiguerra (1426-1464, Italie)
Pointe-sèche : Dürer (1471-1528) – Rembrandt (1606-1669)
Eau-forte : au trait (Dürer 1518), Aquatinte (Jean Van de Velde 1650), Vernis mou (Dietrich Meyer l’Ancien (1572-1658),
au lavis, gravure au sucre.
Manière noire (mezzotinto) : 1642 Ludwig von Siegen (1609-1680)
Manière noire en couleurs : 1740 J. Christophe Leblon (1667-1741)

Impression à plat (Planographie)
Lithographie : 1796 Aloïs Senefelder (1771-1834)
Zincographie : 1891 Roux
Chromolithographie : 1857 G. Engelmann (F)
Offset : 1904 I.W. Rubel (USA)

Impression sur papier photo
Cliché-verre (Christallographie) : 1850 Cuvelier, groupe d’Arras (F)

Impression à travers un tissu
Sérigraphie : 1930 (USA)

Monotype 
Giovanni Benedetto Castiglione (1610-1665) Italie

À PROPOS DE LA GRAVURE ACTUELLE

La gravure traditionnelle entretenait des rapports étroits avec le livre, elle existait avant tout comme moyen de reproduction. Liée à la peinture et aux autres formes d’arts plastiques, elle les reproduisait et les diffusait au sein du livre.

Aujourd’hui les moyens de reproduction sont multiples et d’une redoutable fidélité. La gravure en profite pour retrouver sa valeur de médium d’expression picturale. Il ne s’agit plus de reproduire une image existante sur une planche et de l’imprimer (gravure de reproduction) mais de travailler directement la matière même de cette planche (gravure originale).

Le façonnage de la matrice est un travail particulier qui pourrait être à mi-chemin entre celui du sculpteur et celui du peintre dessinateur. La gravure se libère en partie des contraintes techniques, la reproduction fidèle “au trait” n’étant plus d’actualité, on peut laisser la matrice traditionnelle en métal pour expérimenter toutes sortes de matériaux (lino, contreplaqué, enduit polyester etc.) ce qui permet de travailler en toute liberté, obtenant ainsi une grande spontanéité dans la réalisation des estampes.

Le tirage d’une gravure est un travail artisanal fait d’une série de manipulations : encrage essuyage et passage sous presse. Lors d’un tirage limité, cette succession d’étapes manuelles fait que chaque épreuve imprimée possède un caractère unique (différences d’encrage, d’essuyage ou de vitesse de rotation de la presse). Avec une seule matrice, on peut obtenir des résultats très différents, dans un même tirage chaque estampe a valeur d’original, il n’est plus question de reproduction en grand nombre, mais de création à part entière.

Même si l’estampe a parfois été considérée comme le conservatoire de techniques ancestrales, elle est avant tout une somme de langages et une plate-forme d’expérimentation permettant d’appréhender les outils contemporains de l’édition. L’estampe, par le passé, unique moyen de reproduction est devenue un outil de création. Comme par résonance, nos outils numériques sont en train de perdre leur statut fonctionnel de production et sont détournés par la créativité des artistes.

Vincent Dezeuze